Édition synthétique

La population et les villes en Corée du Nord

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 En 1946, soit un an après la Libération, la population totale du territoire correspondant à la Corée du Nord atteignait 9,2 millions d’habitants. Elle est ensuite tombée à son plus bas niveau pendant la guerre de Corée
(8,5 millions), avant de remonter et de dépasser la barre historique des dix millions en 1958, puis celle des
20 millions à la fin des années 1980. Selon le Bureau central des statistiques nord-coréennes, elle a enregistré une chute nette en 1992 puis a connu, à partir de l’année suivante, une croissance annuelle moyenne de 1% lui permettant de dépasser 24 millions d’habitants en 2004.

 Comme le montre la carte ci-contre, la plupart des Nord-Coréens vivent essentiellement dans les plaines du sud et de l’ouest du pays. Pyongyang et la province voisine du Pyeongan du Sud présentent la plus forte densité de population. Dans les régions montagneuses du nord et de l’est, la densité est généralement plus faible, à l’exception de quelques villes dispersées et du littoral oriental.

 Selon les statistiques du recensement de la population collectées par les Nations Unies en 2008, la population migrante interne âgée de plus de 5 ans représente moins de 1% de la population totale. Ce chiffre suffit à démontrer que les migrations interrégionales ne sont pas courantes, sauf à Pyongyang et dans le Pyeongan du Sud. La capitale affiche en particulier le pourcentage le plus élevé de migrants entrants, soit 28% du total national, contre seulement 10% de migrants sortants. À côté de Pyongyang, seul le Pyeongan du Sud possède une population entrante supérieure à la population sortante. Toutes les autres provinces connaissent en revanche une importante émigration. Le Hamgyeong du Sud est le plus touché, car le nombre de migrants sortants est le double des entrants.

 Pour revenir à Pyongyang, sa population entrante vient surtout du Pyeongan du Sud (30%), puis du Hwanghae du Nord et du Pyeongan du Nord (13% dans les deux cas). Quant à ceux qui quittent Pyongyang, 40% choisissent d’aller dans le Pyeongan du Sud. Il faut noter ici que les provinces du Yanggang et du Jagang sont celles dont les migrations vers et depuis la capitale sont quasi nulles. La population réduite de ces deux provinces n’offre qu’une explication partielle à cette situation, car le Gangwon se présente comme un contre-exemple intéressant. Il possède en effet une population semblable aux deux provinces précédentes, mais 14% de sa population sortante gagne la capitale, et 8% de sa population entrante vient de cette même ville. Les faibles migrations du Yanggang et du Jagang semblent donc surtout liées aux conditions socio-économiques, puisque ces deux régions sont les plus pauvres du pays.

 Les statistiques de 2008 nous indiquent que 64% de la population totale de la Corée du Nord vit dans des régions urbaines. Pyongyang est évidemment la zone la plus urbanisée avec un taux de 86%. Le Hamgyeong du Nord, avec de grandes villes telles que Naseon et Cheongjin, est la deuxième zone la plus urbanisée du pays (70%), suivie de près par le Pyeongan du Sud (65%) où se trouve la ville spéciale de Nampo. Toutes les autres provinces ont en revanche un taux d’urbanisation inférieur à la moyenne. Cette inégalité régionale en matière d’urbanisation constitue un important problème à l’échelle nationale.

 La Corée du Nord a connu une urbanisation rapide pour accompagner ses efforts soutenus d’industrialisation dans les années ayant suivi la Libération de 1945. Le taux d’urbanisation est ainsi passé de 31% en 1953 à 56% en 1976, avant de stagner dans les décennies suivantes.

 En 2008, la plus grande ville du pays, Pyongyang, avait une population s’élevant à 3,2 millions d’habitants. La seconde, Hamheung (Hamgyeong du Sud), en comptait 768 000, et la suivante, Cheongjin (Hamgyeong du Nord) en avait 667 000. Pyongyang est donc l’unique ville millionnaire ; seules deux autres villes comptent plus de 500 000 habitants et seulement dix-huit autres dépassent la barre des 100 000 habitants.

 Le classement des villes nord-coréennes les plus peuplées a évolué depuis le milieu du XXe siècle. En 1940, Pyongyang précédait Cheongjin, Wonsan, et enfin Hamheung. Avec la croissance de cette dernière ville, l’ordre s’est inversé en 1967 (Pyongyang, Hamheung, Cheongjin et Wonsan). Par la suite, Cheongjin est devenue la deuxième plus grande ville en 1982, modifiant ainsi le classement (Pyongyang, Cheongjin, Hamheung et Wonsan). Dans les années 1990, Hamheung a retrouvé sa deuxième place et Nampo a connu dans le même temps une croissance rapide si bien que le classement de 2008 était le suivant : Pyongyang, Hamheung, Cheongjin et Nampo.

 

 La carte ci-dessous montre que les deux piliers du développement urbain de la Corée du Nord sont la région de Pyongyang-Nampo à l’ouest et la région de Hamheung-Cheongjin à l’est. Parmi les autres villes, Hyesan, Ganggye et Sinuiju dans la partie nord, et Pyeongseong, Gaecheon, Suncheon et Deokcheon dans la région centrale affichent des taux d’urbanisation supérieurs à 80%.

 

 La carte de taux d’urbanisation diffère légèrement de celle de la densité de population. Cette variation provient de la superficie de chaque zone sur la carte des densités et du nombre de citadins sur la carte des taux d’urbanisation. La carte des densités inclut les populations urbaines et rurales tandis que la carte des taux d’urbanisation exclut les populations rurales.

 

 Cette carte de densité de population a été réalisée grâce aux données des Nations Unies (2008). La population nord-coréenne présente une concentration dans les plaines occidentales et une plus grande dispersion le long des massifs montagneux allant du nord-est au sud-ouest, sans oublier quelques villes importantes sur le littoral oriental ainsi que des villes disséminées près des frontières avec la Chine et la Corée du Sud. Les villes frontalières ayant une forte densité de population incluent Gaeseong au sud, Naseon près de la frontière russe, et Hyesan et Sinuiju le long de la frontière chinoise. Toutefois, les plus grandes concentrations de population se trouvent dans la capitale Pyongyang, ainsi que dans la ville côtière voisine de Nampo. Hamheung et Wonsan sont par ailleurs de grandes villes sur la côte orientale.

 

 La carte des migrations représente, au moyen de cercles gradués, le nombre total de personnes ayant migré ainsi que la répartition des migrations entrantes et sortantes pour chaque province. Les demi-cercles bleus à droite symbolisent les migrations sortantes, tandis que les demi-cercles rouges à gauche décrivent les migrantes entrantes. Si le demi-cercle rouge est plus grand que le bleu, cela signifie que la collectivité territoriale concernée gagne plus d’habitants qu’elle n’en perd. La carte montre que Pyongyang est la seule à présenter un gain net de migrants, ce que confirment les deux autres cartes de migrations de/vers Pyongyang avec les origines et destinations géographiques des migrants.

 Les migrations internationales sont en revanche plus complexes. Alors que la frontière avec la Corée du Sud est impénétrable pour des citoyens nord-coréens, les frontières du nord avec la Chine et la Russie sont plus faciles à franchir, légalement via les villes frontalières ou illégalement en traversant les fleuves gelés en hiver.